Le zouglou est un genre musical moderne, mais il a néanmoins subi plusieurs changements depuis sa création. Déclaré moribond à plusieurs reprises, le zouglou est encore de nos jours le genre le plus populaire en Côte d’Ivoire, illustrant bien la capacité d’innovation et la résilience de ce style et de ses artistes.
La Côte d’Ivoire a un très riche patrimoine musical et de nombreux chanteurs légendaires de musique populaire, comme Amédé Pierre, Allah Thérèse et beaucoup d’autres, se sont inspiré des traditions musicales de leur région d’origine et chantaient dans leurs langues régionales. Par conséquent, la musique de ces artistes n’était pas considérée comme vraiment représentative d’une nation qui compte plus de 60 groupes ethniques différents. La popularité de la musique zouglou provient en partie de sa position de genre musical national supra-ethnique : il n’est pas associé à une région ou à un groupe ethnique particulier. Etant un nouveau genre musical urbain, le zouglou se distingue par son utilisation de l’argot parlé dans les rues d’Abidjan.
Les origines du Zouglou
Le zouglou prend ses racines musicales dans les styles musicaux ivoiriens locaux Tohourou et Aloucou de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Ces styles étaient populaires dans les centres urbains durant les années 60 et 70. La base musicale de la musique zouglou vient directement d’un style de chants connus sous le nom « ambiance facile » ou woyo. Ce sont des chants accompagnés de musique de percussion créée sur instruments improvisés tels que grattoirs en métal, bouteilles en verre et sur des tambours. Cette musique est née des chansons qui accompagnaient les compétitions sportives dans les écoles en Côte d’Ivoire dans les années 1980. Des groupes d’étudiants, qui se faisaient appeler « comités de supporters », accompagnaient les équipes sportives aux matchs et créaient des chansons pour encourager leurs équipes. Comme les équipes scolaires et leurs comités de supporters voyageaient à travers le pays pour jouer contre d’autres écoles, ils apprenaient en cours de route de nouvelles mélodies et rythmes.
Les sessions de musique ambiance facile et woyo étaient un passe-temps apprécié dans les quartiers populaires d’Abidjan. Dans ces quartiers multi-ethniques, les enfants et les adolescents apprenaient les uns des autres les chansons de leurs régions d’origine. Cette musique de loisir essentiellement non enregistrée est toujours populaire à travers la Côte d’Ivoire. A travers les rencontres sportives et les séances musicales de quartier, l’ambiance facile s’est imprégnée des rythmes et mélodies des différentes régions de la Côte d’Ivoire. Le zouglou s’est également inspiré de ces rythmes et mélodies et est ainsi devenu le premier style musical considéré comme multi-ethnique et représentatif de la nation ivoirienne.
Inventé en 1990, le zouglou était d’abord une danse des étudiants résidant dans la cité universitaire de Yopougon à l’Université de Cocody à Abidjan, désormais appelée Université Felix Houphouët-Boigny. Cette danse consistait à lancer les bras en l’air avec des mouvements angulaires, imitant une supplication demandant à Dieu d’aider les étudiants universitaires qui souffraient sous les coupes budgétaires dans le secteur de l’éducation (moins de bourses, logement étudiants, restauration et transport inadéquats, etc.).
Grâce à l’énergie créatrice des étudiants universitaires, le mot « Zouglou » est devenu connu du grand public. Mais pourquoi « Zouglou », et quelle en est la signification ? « Zouglou » est en fait un mot inventé par les étudiants pour décrire cette manière particulièrement excentrique de danser. Cependant, d’après un article de journal sur ce nouveau genre, ce mot se réfère à l’expression Baoulé « be ti lè zouglou » (ils sont entassés comme des ordures) et évoque les mauvaises conditions de logement dans les dortoirs des étudiants.